Horaires de Chabbat à Washington : 8:16pm - 9:15pm
11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
« Je cheminerai lentement,…. selon le pas des enfants… » (Berechit, parachat vayichlach 33/14). Dans cette parole de Yaacov Avinou, nous entendons sa priorité de transmettre la Torah à ses enfants.
En ‘hinou'h, cette expression, qui peut se traduire par « régler ses pas sur ceux de ses enfants », peut s’entendre également par l’idée « d’élever ses enfants selon leur niveau ».
En ce qui concerne la construction de la parole de son enfant, et le domaine de la psychologie, cet énoncé peut se traduire par : « Elever les paroles de ses enfants au niveau de la parole du père, (donc au niveau du nom propre du chem), dont la fonction est de nommer et de reconnaître ».
Voici un exemple : une mère vient consulter avec son fils de cinq ans qui est sujet à des cauchemars.
Voici un extrait d’entretien :
Moi : - Veux-tu me parler de tes rêves qui te réveillent la nuit ?
L’enfant : - Il y a des méchants qui rentrent dans ma chambre. Il y a le capitaine Crochet et la sorcière.
- Et alors ?
- Avec le capitaine Crochet je peux me battre mais la sorcière est trop forte avec ses ongles !
Notre petit patient craint davantage « les ongles » de la sorcière que le « crochet » du capitaine ? Que se passe-t-il ?
Le « crochet » du capitaine est en principe élevé en nom propre, « le capitaine Crochet » alors que les ongles de la sorcière désignent une partie corporelle. Sauf qu’ici dans l’imaginaire de l’enfant, ce sont les ongles de la sorcière qui ont supplanté le nom du capitaine Crochet. Le nom dans sa fonction apaisante, d’ordre, de limite et de reconnaissance, qui détermine l’identité, a cédé la place au nom commun représenté ici par les ongles de la sorcière, qui lui se rapporte davantage à une notion d’illimité, propre à générer l’angoisse.
Dès lors, il s’agit de permettre à cet enfant de réinvestir le champ psychique qui se rapporte au nom propre, au détriment du nom commun.
Voici comment l’entretien s’est poursuivi :
Moi : - Tu t’es déjà fait griffer ?
Lui :- Oui, par deux filles au parc. !
- Et tu t’es déjà battu ?
- Oui, tous les jours avec papa, avant de me coucher, on joue à la bagarre.
Moi : - Raconte !
Lui : - On se donne des coups de poings comme les boxeurs.
Moi : - Tu sais comment on appelle les coups de poings en boxe ?
Il m’était revenu en effet, du fond de ma mémoire, cette phrase en rapport avec la boxe : « Il lui a donné un crochet du gauche ! » Ce qui me permit ce petit détour afin de lui rendre son nom propre. C’est ainsi que je lui annonçai qu’en boxe, un certain coup de poing s’appelle « Crochet ». L’enfant réagit ainsi : « Ah oui ! C’est comme le capitaine Crochet ! »
Cette fois, en associant le « crochet » à sa relation avec son père, par le biais de leur jeu de bagarre, cet enfant pouvait désormais disposer « des armes » nécessaires contre les griffes féminines.
En effet, à la fois très réceptif au travail psychothérapeutique et soutenu par ses parents, il a su rétablir l’ordre dans son monde intérieur et dormir plus paisiblement.
Rivka Stora,
Psychologue clinicienne, psychanalyste 054 977 39 05