Horaires de Chabbat à Washington : 8:16pm - 9:15pm
11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
En général, au nom du Chalom bayit, tout le monde s’accorde à dire qu’il vaut mieux éviter les disputes dans un couple et surtout en présence des enfants.
Pourtant, je voudrais vous transmettre une situation clinique qui eut lieu au cours d’une séance de psychothérapie et lors de laquelle, une dispute entre les parents s’avéra réparatrice à l’égard de l’enfant.
Avant d’entrer dans le descriptif de cette scène, voici un bref rappel sur le Daat et son rôle dans l’équilibre psychique :
- Le Daat qui permet de différencier et d’articuler deux notions opposées, assure au sujet la possibilité de produire un discours ordonné, limpide et ponctué.
-Le Daat s’élabore à partir de la reconnaissance de la trace paternelle que l’enfant porte en lui, ce qui implique que soit restitué le rapport des parents entre eux en tant qu’il rend lisible le don du père à la mère.
Après ce bref rappel, voici la situation clinique en question. Des parents accompagnaient leur fils de 11 ans en psychothérapie en raison de ses troubles du langage et du comportement. En effet, l’enfant présentait d’importantes difficultés à s’exprimer et son état d’agitation témoignait d’une certaine extériorité de sa part quant aux paroles échangées. Tout semblait indiquer chez cet enfant l’existence d’un Daat non suffisamment construit. Ainsi dans ses dessins transparaissaient ses difficultés à différencier les membres de sa famille : les parents des enfants et les garçons des filles.
Lors d’une séance particulière, les parents laissèrent entendre leurs désaccords et de fil en aiguille, leurs échanges se transformèrent en dispute orageuse. Pendant ce temps-là, je n’avais eu de cesse d’observer le fils, assis entre ses deux parents, qui, curieusement, semblait serein et posé en les écoutant.
Je profitai alors d’un moment d’accalmie pour l’interroger à propos de la scène dont il venait d’être le témoin. C’est alors, qu’au grand étonnement de ses parents, d’une voix claire et avec un sourire sincère, il déclara : « Je voudrais dire quelque chose…Voilà…Je voudrais remercier mes parents de tout ce qu’ils font et ont fait pour moi. »
Un silence s’installa alors dans la pièce comme si un ange salvateur passait par là !
Que s’était-il passé? Comment, au moment-même où ses parents tenaient des propos relativement virulents l’un envers l’autre, leur fils avait pu émettre une phrase aussi limpide exprimant avec chaleur des remerciements à ses parents quant à son existence ?
Tout s’était passé comme si ce garçon avait perçu dans la dispute de ses parents ce qui jusque-là lui faisait défaut, à savoir la différenciation père\mère.
En effet, lors de cette scène, le père s’était exprimé avec des paroles qui ponctuaient le discours de la mère. Et c’est précisément par cette opération paternelle, modifiant la mère, que l’enfant, sans aucun doute, y repéra le don du père à la mère à l’origine de son existence et pu s’exprimer, à ce moment précis, de façon claire, en son propre nom de fils.
Alors quelle leçon pouvons-nous retenir de cette histoire ?
Si le chalom bayit a pour visée le éh’ad, l’union parfaite, il implique d’avoir à reconnaître la différenciation père\mère par laquelle s’ordonne la parole et sa transmission à l’intérieur de la famille.
Rivka Stora, psychologue clinicienne, psychanalyste
Vous pouvez joindre Rivka Stora , à Jérusalem au 054 977 39 05