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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
Parmi les phénomènes témoignant du développement tout naturel de l'hébreu moderne, on note celui des mots désignant à l'origine "un ensemble", utilisés aujourd'hui pour désigner une unité de cet ensemble.
Dans cette catégorie particulière on trouve le mot רכב (rékhev), d'abord nom générique pour tous les véhicules, employé aussi à présent pour désigner toute voiture, camion ou autobus, ce qui a suscité tout naturellement la forme plurielle de רכבים (rekhavim) dans le langage parlé qui a presque relégué la forme normative de כלי רכב(clé rehev).
On note une même évolution pour le mot נשק (néchek) désignant l'arme ou l'armement en général. Du terme collectif pour l'ensemble des armes כלי נשק (clé néchek), on est passé aux נשקים dont on peut faire le compte. 
De même, l'hyperonyme ציוד (tsioud, l'équipement), à l'origine uniquement au singulier, a donné ציודים (tsioudim), terme qui désigne les différents objets ou instruments nécessaires pour un objectif particulier.
Ces pluriels qui nous viennent de la langue militaire sont aujourd'hui couramment employés dans le langage civil. Celui-ci a d'ailleurs reproduit le phénomène et engendré plusieurs termes aux mêmes particularités. Ainsi, le mot לחם (lehem, le pain) se voulait d'abord général. Chaque unité de pain étant כיכר לחם (kikar lehem). Mais le consommateur qui entre dans une bonne boulangerie, n'aura aujourd'hui que l'embarras du choix devant les multiples sortes de לחמים (lehamim) sur les étagères.
Il en est de même pour le mot מידע (méda, l'information). Et notre ère post moderne où l'information ne se conçoit plus comme unique a créé un pluriel à ce terme général - מידעים (médaïm). Que ceux-ci soient conformes, contradictoires ou subversifs, ils n'en afficheront que plus fièrement leur terminaison marquant leur nombre. Dans le langage de la police, par exemple, le mot désigne indépendamment chaque information en soi dont chacune aura sa part à l'élaboration d'un grand ensemble.
De la même manière les mots ציבור (tsibour), ou קהל (kahal) qui désigne le public ont perdu leur unicité et l'on parle aujourd'hui des différents ציבורים (tsibourim) ou קהלים (kehalim) de la société. C'est que chacun a droit à la différence et on ne saurait plus coiffer d'un même titre des catégories qui ne songent qu'à se distinguer les unes des autres.
Loin d'être une dégénération de la langue, ces glissements ne sont que les signes d'une langue bien vivante, qui forcément évolue. Maïmonide n'a-t-il déjà pas affirmé dans son commentaire de la Michna (traité de Trouma) que " l'essence de chaque langue est ce que disent ceux qui la parlent et ce qui s'entend d'eux".
Fabienne Bergmann
Traductrice
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