Bannière

Interview de Ida Akerman « Mon combat est de permettre à chacun d'être ce qu'il est, et de l'aider à le devenir »

Par Avraham Azoulay

Ida Akerman-Teide, est née en Allemagne quelques années avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir.

 

Sa famille réussit à fuir les persécutions en partant pour la Belgique, puis pour la France. Elle survit miraculeusement à la Shoa pendant laquelle ses parents seront déportés et exterminés à Auschwitz.

Après la guerre, elle devient pédiatre puis psychothérapeute, après avoir suivi des études à la faculté de médecine de Paris.
Avec Manfred Akerman son mari, et leurs trois enfants, ils s'installent en Israël en 1990.
Amoureuse du judaïsme et d'Israël, elle a écrit une œuvre autobiographique : "Et tu raconteras à tes enfants'' (inspirée du commandement "והגדת לבנך") ainsi que des recueils de poèmes : ''Poèmes roux'', ''Poèmes roux (suite)'' et ''Evidences, Poèmes roux (Une autre suite)''.
Nous avons rencontré cette dame, qui donne chaque jour une véritable leçon de vie, témoignage vivant de notre histoire et symbole de l'importance de ce devoir de mémoire.

Le P'tit Hebdo : Votre dernier recueil de poèmes s'intitule « Poèmes roux : Evidences ». Ce qui vous paraît évident l'est-il pour vos lecteurs aussi ?

Ida Akerman : Les personnes qui lisent mes poèmes viennent souvent à ma rencontre pour me dire à quel point je parviens à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent.

Je crois que ces poèmes touchent tout le peuple d'Israël.

Lph : On pourrait parler des heures uniquement sur les titres de vos poèmes. Vous parlez de la Shoa, d'Israël, de thèmes très variés.

I.A : Je parle de la vie, de ce qui concerne tout homme.

Lph : Pourquoi ce mode d'écriture ? La vie serait-elle un poème ?

I.A : J'écris tout le temps, j'en ressens le besoin. Et l'inspiration me vient sous forme de poèmes. Je me suis réveillée un jour avec dans la tête des phrases qui chantaient.

Le déclic est venu, en 1982, lors d'un rassemblement en Israël des rescapés de la Shoa. A partir de cette date, j'ai écrit sans arrêt.

Lph : Le souvenir de la Shoa est très important pour vous. Depuis votre Alyah avez-vous essayé d'organiser un grand évènement autour de la Shoa ?

I.A : Avec mon mari, nous avons fondé ''Aloumim'', une association des enfants cachés pendant la guerre.

Lph : Avez-vous vous-même été une enfant cachée ?

I.A : Je raconte tout dans mon livre « Et tu raconteras à tes enfants » (1995), qui a été traduit en hébreu et en anglais.

Ce livre a été écrit avec tout ce que j'ai de plus de difficile au fond de moi. Certaines personnes m'ont témoigné de l'authenticité qu'elles avaient trouvé dans cet ouvrage, l’une d’elles l'a même qualifié de ''cadeau à l'Humanité''.

Je l'offre d'ailleurs à beaucoup de personnes, notamment aux jeunes mariés.

Lph : Pourquoi ? Que cet ouvrage peut-il apporter à un jeune couple ou à un enfant ?

I.A : Il contient beaucoup de réflexions sur la vie, sur ce qu'est être Juif. Mon combat est de permettre à chacun d'être ce qu'il est, et de l'aider à le devenir.

Sur le plan religieux, c'est la même chose, l'identité individuelle comme collective doit exister. A partir du moment où nous ne sommes pas nous-mêmes, nous sommes comme morts.

Nous devons passer de la mort à la vie. Je m'attelle à parler aux gens de leurs problèmes et de les aider à les surmonter.

D'ailleurs, c'est exactement ce que j'ai fait depuis mon Alyah : aider mon mari et mes enfants à s'intégrer, être présente pour mes petits-enfants. Mais aussi, j'ai beaucoup soutenu les jeunes qui venaient en Israël pour une année ou ceux qui participaient aux voyages d'études de Chalom Wach dans le but de faire leur Alyah.

Mes compétences professionnelles me placent entre la médecine et les problèmes humains. J'avais donc les outils nécessaires pour guider ces personnes : les maladies ne sont jamais là par hasard, ce n'est pas tout de les soigner techniquement.

J'ai ainsi, pendant dix ans, écouté des enfants malades et leurs parents à l'hôpital Chaaré Tsedek. Nous trouvions des solutions par la médecine et par l'écoute.

Lph : Vous avez aussi étant enfant subi un traumatisme.

I.A : Oui et chaque fois que je le raconte, je m'efforce de ne pas pleurer, mais cela m'est très difficile.

Avec mes parents, nous étions cachés dans un petit village au milieu de paysans très antisémites. On n’avait pas d'eau, pas d'électricité, très peu à manger mais c'était le paradis par rapport aux camps.

Mes parents ne parlaient pas le français, j'étais leur porte-parole.

Nous avons vite su que les Français arrêtaient les Juifs pour les déporter. Mes parents ont voulu savoir si cela concernait uniquement les hommes ou les familles entières, pour pouvoir mieux se cacher.

Un jour mon père a rencontré un Juif qui habitait Avignon : mes parents m'y ont envoyé pour obtenir des renseignements et leur demander de l'aide. C'était le 25 août 1942, j'avais alors 13 ans. Cet homme connaissait quelqu'un à la préfecture qui pouvait le renseigner. Le soir à son retour, il me dit qu'il n'a rien pu savoir. Il insiste pour que je reste encore la nuit car il voulait essayer encore le lendemain.

Le lendemain, toujours pas plus de renseignements. Je prends le bus pour rentrer et à l'arrivée mon père n'est pas là pour m'attendre.

Je rentre chez moi et je vois tout fermé, je me retrouve toute seule et je comprends que mes parents ont été pris. Je me suis dit « c'est fini, ma vie est finie », et je pleure. Personne dans le village ne s'est préoccupé de moi sauf une vieille dame qui est sortie et m'a appris que les gendarmes avaient pris mes parents.

Je savais qu'ils ne reviendraient pas. J'étais perdue.

Je suis allée voir le maire et j'ai exigé qu'il se renseigne pour savoir où étaient mes parents. Ils étaient dans un camp à Aix-en-Provence. Je voulais aller les rejoindre. Le maire m'a dit d'attendre le lendemain. Que cela a été dur de passer la nuit seule...

En route, je me suis arrêtée à Avignon chez cette famille dans laquelle j'étais lorsque mes parents ont été arrêtés. Ils m'ont convaincue de ne pas aller rejoindre mes parents en me faisant croire que si je restais, je pourrais les aider à sortir du camp où ils avaient été emmenés.

Je suis donc restée chez eux. Un jour alors que j'étais aux toilettes, les gendarmes sont venus les chercher aussi. Ils ont fouillé dans toute la maison mais pas là où j'étais. Lorsque j'en suis sortie, la maison était vide...

Lph : Vous revivez le même épisode...

I.A : Pour moi, ce sont purement et simplement des miracles ! Hakadoch Barou'h Hou voulait que je reste en vie. Je n'étais ni plus forte ni plus intelligente que les autres : pourquoi moi et pas les autres ?

Lph : Vous avez pu recevoir des nouvelles de vos parents ?

I.A : Ils m'écrivaient. Je sais qu'ils sont passés par plusieurs camps avant d'être déportés à Drancy puis à Auschwitz. En trois semaines, ils avaient disparu. Et leur disparition est uniquement l'œuvre des Français.

Lph : Et qu'avez-vous fait ?

I.A : Ma mère avait prévenu des représentants de l'OSE qui sont venus me chercher et m'ont cachée chez une dame dans les champs autour de Montpellier.

J'ai ensuite voulu rejoindre ma sœur et mon frère qui étaient à Moissac : c'était la Bar-mitsva de mon frère. Je ne sais même plus comment j'ai réussi à prendre le train à Limoges dans une gare remplie d'Allemands. J'ai réussi à retrouver mon frère et ma sœur : c'était un moment très fort. Mon histoire, pendant la guerre, ne s'arrête pas là mais il faudrait encore des heures pour la raconter...

Lph : Vous n'avez témoigné que par écrit de cette histoire ?

I.A : Oui, et cela a été très difficile de le mettre par écrit. On m'a aussi dit qu'il fallait en faire un film. Les lecteurs ont trouvé que mon livre était empli d'optimisme et donnait envie de se battre.

Lph : Vos écrits parlent aussi beaucoup de la terre d'Israël.

I.A : Il n'y a pas que la Shoa. La Shoa est derrière, certes notre passé reste présent, le souvenir de cette période doit être là pour comprendre ce qui nous est arrivé. Mais la vie est devant nous.

Pour avoir droit à la gueoula, nous devions d'abord être en galout. C'est pourquoi la vie en Israël a une telle importance.

Lph : Lorsque vous voyez la haine de nos ennemis actuels envers nous, vous la trouvez comparable à ce que vous avez connu pendant la guerre ?

I.A : Bien sûr ! C'est Amalek avec un autre habit.

Lph : Sont-ils plus ou moins dangereux ?

I.A : Ils le sont même plus que les Allemands. Je ne sais pas par quel miracle Hachem les tient tranquilles.

Le problème est que nous ne savons plus ce que nous faisons là.

Lph : Pensez-vous que nous devrions nous affirmer davantage ?

I.A : Oui, nous devons oser dire à la face du monde que nous sommes ici et que nous ne bougerons pas.

Lph : C'est ce que vous diriez au Premier Ministre ?

I.A : D'abord, le Premier Ministre a un travail très difficile à accomplir et j'en suis consciente. Je voudrais lui transmettre ce que je crois être vrai : Israël est la terre d'Hakadoch Barou'h Hou. Nous sommes chez Lui, et c'est le peuple juif qu'Il a invité chez Lui, pas les autres !

Nous n'avons pas à tenir compte de ce que disent les Nations, comme l'a justement dit Guy Millière lors de sa conférence, lorsqu'il a affirmé que nous nous mettions toujours sur le terrain de notre adversaire et que nous n'y recevions que des coups. J'aimerais tant que tous les Juifs voient ce que lui, non-Juif, voit.

Je sais que je suis parfois taxée de fanatisme, au final les faits me donnent raison. Ma fille me dit d'ailleurs toujours : « Maman tu as un tort, tu as toujours au moins quinze ans d'avance ! ».

Mais j'ai une emouna infaillible, je n'ai pas peur.

*Bibliographie d'Ida Akerman :

« Et tu raconteras à tes enfants », 1995

« Poèmes Roux », 1984

« Poèmes Roux (Suite) », 1988

« Evidences, Poèmes Roux (Une autre suite) », 2009

*Disponibles à l'achat, Librairie Ko'hav, Rehov Mekor Haïm 35, Jérusalem, 50 shekels version hébraïque, 99 shekels version française : « Et tu raconteras à tes enfants » et « Evidences, Poèmes Roux (Une autre suite) » (offre valable jusqu'au 31/12/11)

 


blog comments powered by Disqus

Chat en Direct

Contact Info

  • Direction: Avraham Azoulay
  • Secrétariat: Rosy
    Ouvert de 9h à 14 h
    Téléphone: 02 6788 720
    Fax: 153-267 853 49
    France: 01 77 380 720
    Adresse: Rehov Haouman 24/35, Talpiot Jérusalem
    Email:Lph5@bezeqint.net
  • Directeur Commercial: Gilles Sperling - 054 452 5604
  • Marketing & Stratégie: Vita Green
  • Graphisme: Publicité: Myriam
    Mise en page: Shirel Bellaiche
  • Rédaction: Coordinatrice:Guitel Ben-Ishay
  • Édition nationale: Nadav Hillel,Martine Fischel,Guitel Ben-Ishay
  • Édition régionale: Yael Bensimhoun,Gisèle Ninio-Grynberg,Guitel Ben-Ishay
Flipping book - Israel - Magazine - Information - Petites annonces Israel France - vente appartement - location appartement - Politique d'Israel - Torah - paracha de la semaine - rav -avraham azoulay - sionisme - offres d'emplois - demandes d'emploi - cuisine cachère - Rav Mordehay Elyahou - économie israélienne - magazine numérique - hebdo - annonces - flipping book - choice - immobilier - mahon - loulav - email - euro - hebdo.net - les deux - ostéopathe - Hila Israel - memoire - lyon - pacific - trio - mahon meir-paracha - center - moharan - yaalat hen - prelude - vente-privé - annonce - flippingbook - sérieux - marvin - beer sheva
Conception & Design par Atomix Communication
Israël - Magazine - Information - Petites annonces Israël France - vente appartement - location appartement - Politique d'Israël - Torah - paracha de la semaine - rav -avraham azoulay - sionisme - offres d'emplois - demandes d'emploi - cuisine cachère - Rav Mordehay Elyahou - économie israélienne - magazine numérique - hebdo - annonces - flipping book - immobilier - mahon - loulav - email - euro - hebdo.net - les deux - ostéopathe - Hila Israel - memoire - lyon - pacific - trio - mahon meir-paracha moharan vente-privé - annonce - flippingbook - sérieux - beer sheva