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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
Par Guitel Ben-Ishay
Le 23 'Hechvan dernier, 20 novembre, le Rav David Messas (zatsal) quittait ce monde. Il était grand Rabbin de Paris, fils du Rav Shalom Messas (zatsal), ancien Grand Rabbin de Jérusalem et issu d'une grande lignée de rabbins marocains. Reconnu par ses pairs mais aussi très apprécié par ses fidèles, le Rav David Messas (zatsal) laissera l'image d'un homme charismatique qui aidait et aimait chaque Juif et qui s'investissait corps et âme dans les missions qui étaient les siennes.
Le 23 Kislev, 19 décembre, aura lieu à Jérusalem une cérémonie marquant les trente jours de sa disparition, au cours de laquelle le Rav Shlomo Amar, Rishon LeTsion, ainsi que d'autres rabbanim et personnalités, prendront la parole.
A cette occasion nous avons recueilli le témoignage de son fils, le Rav Ariel Messas.
Le P'tit Hebdo : Quelle a été la réaction des fidèles parisiens après le décès de votre père, zatsal ?
Rav Ariel Messas : Je ressens une grande stupeur autour de nous. Il semble que la communauté juive de Paris se sente un peu perdue et se pose des questions quant à son avenir.
En fait, lorsque mon père occupait ses fonctions, il régnait un sentiment de sécurité, tout était paisible, il y avait une personne qui résolvait les situations de crise, sur qui on pouvait compter.
L'impression que j'ai est celle d'une image figée : pour le moment la communauté est sous le choc et en attente.
Lph : Et pourtant, sa maladie l'affaiblissait déjà depuis quelques temps ?
Rav A.M : Il avait un courage incroyable, il faisait des efforts surhumains pour participer à toutes les manifestations et honorer ses fonctions. Il me disait : « Lorsque je me lève, je deviens un lion ». Ainsi, lorsqu'il avait des soins à l'hôpital, il se rendait immédiatement, dès sa sortie à son bureau, à la synagogue ou dans tout autre lieu où il avait une mission à remplir. Et à vrai dire, personne ne soupçonnait qu'il venait de subir des soins si pénibles et éprouvants.
Lph : Dans quelle atmosphère avez-vous vécu, vous et vos proches, cette disparition ?
Rav A.M : Les réactions et les marques d'affection qui nous ont entourés ont été impressionnantes, et à ce titre, le rabbinat parisien et français avec à sa tête le Grand rabbin Gilles Bernheim, a été extrêmement proche de notre famille. Le Président Joël Mergui a été extraordinaire. Il a montré un grand amour et un très grand respect pour mon père, zatsal. Par ailleurs, il a toujours sollicité notre avis dans toutes ses démarches.
Dès l'annonce de son décès, des centaines de personnes se sont massées devant l'hôpital, lors de la levée du corps à la synagogue Ahavat Shalom, la rue a dû être bloquée par la police tant la foule était importante. Nous avons fait ce soir-là une prière exceptionnelle.
La présence miraculeuse du Rav Shlomo Amar, Grand Rabbin d'Israël, m'a permis de tenir debout. Il était très proche de mon père et son soutien m'a été très précieux. De la même manière, le témoignage du Rav Ovadia Yossef a été une véritable source de consolation.
La présence de tous ces fidèles m'a permis de me rendre compte de l'importance de la mitsva de consoler des endeuillés, combien elle est fondamentale et permet d'accompagner les personnes dans leur peine.
Lph : Comment ont réagi les autorités françaises ?
Rav A.M : Sur ce plan aussi, nous avons été impressionnés. Le décès de mon père a été annoncé sur toutes les chaines de télévision lors du 20h, de nombreux journalistes nous ont écrit.
Par ailleurs, nous avons reçu des messages personnels du Premier Ministre, de certains ministres mais aussi de responsables politiques de tous bords.
Mon père ne laissait pas indifférent, il était très charismatique et avait une intelligence de la parole qui ne pouvait qu'interpeller ceux qui l'écoutaient.
Lph : Quels sont les principaux messages qu'il faudrait retenir de l'enseignement du Rav David Messas, zatsal ?
Rav A.M : Tout d'abord, il y aurait beaucoup à apprendre de la façon dont il a vécu. Il dégageait beaucoup d'amour pour son prochain, était très disponible. Il a consacré sa vie à la diffusion de la Torah.
Il nous a enseigné que l'on devait être capable de tout donner pour Hachem, de ne pas ménager ses efforts, de faire tout ce qui était en son pouvoir et même au-delà.
Une autre leçon est celle tirée du verset ''Les chemins de la Torah sont des chemins de douceur''. Il était convaincu que la douceur permet d'obtenir infiniment plus de résultats que la sévérité.
En outre, il laisse une œuvre considérable : il a géré le Beth Din de Paris d'une main de maître. Il l'a entièrement réorganisé, sa voix en termes de hala'ha était très écoutée et respectée.
Il a également fait énormément pour les communautés parisiennes, il a nommé de nombreux rabbins qui ont tous été très bien reçus et intégrés, ce qui ne va pas de soi.
Enfin, il avait sa synagogue, Ahavat Shalom, dont il s'occupait avec beaucoup de dévotion. Il a été élu trois fois Grand Rabbin de Paris et malgré ce poste important, il a toujours tenu à rester un rabbin de proximité. Il voulait insuffler un ''roua'h (souffle) Messas'', ce qui signifiait pour lui recevoir chaleureusement chaque Juif, quelque soit son degré de pratique, afin de le rapprocher de la Torah et de la pratique des mitsvot.
Lph : Votre grand-père et votre père étaient très attachés aux traditions d'Afrique du Nord. Quelle place les traditions doivent-elles prendre dans notre pratique religieuse ?
Rav A.M : On dit qu'un ''minhag Israel'' (tradition) est aussi important que la Torah - à condition qu'il ne s'agisse pas de ''minhag shtout'' (tradition stupide). En effet, lorsque les textes nous disent ''Al Titosh torat ime'ha'' (Ne t'éloigne pas de la Torah de ta mère), ils sous-entendent les traditions. Ce sont elles qui permettent de se reconstituer et de perpétuer la Torah.
Mon grand-père, Rabbi Shalom, zatsal, a beaucoup œuvré en ce sens. Il a émis de nombreuses décisions dans lesquelles il a défendu les traditions marocaines.
Je tiens à souligner que tout cela n'a jamais été pensé - et ne doit jamais l'être – dans un esprit de discorde. Mon père se plaisait à prendre la métaphore d'un bouquet de fleurs : il est d'autant plus beau que les fleurs sont variées.
Chaque Juif enrichit les autres par ses traditions. Ainsi, par exemple, j'ai étudié dans des yeshivot ashkénazes. Ces années ont été pour moi une source d'enrichissement considérable.
Ce qui tenait très à cœur mon grand-père et mon père, était de conserver sa façon de prier et de posséder et connaître les ouvrages des Rabbanim de nos traditions.
Lph : Quelle relation entretenez-vous avec Israël et la Alyah ?
Rav A.M : La France est pays magnifique, de tradition humaniste, dans lequel les Juifs peuvent vivre librement leur judaïsme.
Mais, et c'est une évidence, le lieu dans lequel le peuple juif peut se développer totalement est Erets Israël.
J'ai moi-même vécu en Israël entre mes 17 et mes 24 ans, mon grand-père était Grand Rabbin de Jérusalem. Nous sommes très attachés à cette terre.
J'ai aussi des responsabilités communautaires à Paris : le Ciel nous fait sentir l'endroit où nous devons être.
Alors bien sûr, Israël, Yeroushalayim me manquent, mais j'ai une mission.
Lph : Etes-vous inquiet pour ce qui concerne l'avenir des Juifs en France ?
Rav A.M : Non, parce que je ne suis pas d'une nature inquiète. Je sais qu'Hachem mène le monde et le peuple d'Israël ''létova'', pour le mieux.
Il est vrai que les élections présidentielles approchent et que nous devons être vigilants vis-à-vis des extrêmes de tous bords qui sont dangereux. Nous devons nous méfier des mauvaises surprises.
Mais, globalement, je suis optimiste.
Lph : Et votre avenir personnel ? Allez-vous prendre la succession de votre père ?
Rav A.M : Je me suis naturellement porté sur les traces de mon père. Il faut dire qu'il a su nous donner goût à la Torah tout en nous ouvrant l'esprit vers le monde extérieur.
Par ailleurs, il a toujours été très attentif à sa famille, il était toujours là pour nous et tenait à nous protéger.
J'ai donc beaucoup appris et travaillé à ses côtés : je connais le fond réel de sa pensée. Je l'assistais dans ce petit ''Mikdach Méat'' qu'est la synagogue Ahavat Shalom. Je vais continuer à m'occuper de ce lieu, dont mon père était si fier. Tout ce qui y sera fait le sera à la mémoire bénie de mon père et de mon grand-père.
J'ai également des responsabilités au sein du beit hamidrach pour Rabbins que mon père avait créé.
Ma famille, mon héritage, tiennent une place importante dans mon travail rabbinique, même si parfois, mon ascendance est presque trop lourde à porter.
Je vais maintenant, beezrat hachem, m'attacher à continuer d'œuvrer pour la Torah et la communauté.
Chlochim du Rav David Messas, zatsal
Lun 19/12 à 18h30
Synagogue Yssa Berakha, Re'hov Jabotinski 31, Rehavia, Jérusalem