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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
Par Guitel Ben-Ishay
Le Docteur Michael Aboulafia est bien connu des lecteurs du P'tit Hebdo, mais aussi d’un large et divers public israélien depuis déjà quelques années. Psychiatre pour enfants, enseignant dans différents établissements universitaires religieux, il aide et guide de nombreuses familles sur des sujets aussi sensibles que l'entente conjugale ou l'éducation des enfants. Son dernier livre : ‘’Le jardinier et le fruit ‘’, se présente comme un guide pour une vie comblée : harmonie entre la émouna et la vie de tous les jours.
Découvrez à travers cette interview, cet homme brillant dont la vision du monde devrait éclairer tout le peuple d’Israël.
Le P'tit Hebdo : Faites-nous partager les grandes lignes et les grands choix de votre parcours depuis votre Alya.
M.A : Je suis monté dans les années 90 directement au Mahon Meïr dans le but de rentrer sur ma terre avec la Torah comme guide et compagne... J'ai eu la chance de faire des stages de médecine en Israël reconnus par la France et de faire mon armée à l'hôpital français de Jérusalem comme coopérant. Il est important, je crois, de partir de France sans fuir... J'ai fait ma spécialité de psychiatrie de l'enfant à Jérusalem, spécialité que j'adore et j'ai épousé ma femme que j'aime encore plus...
Lph : A la suite du meurtre de la famille Fogel, tout le peuple d’Israël se sent profondément bouleversé et perdu. Sur quoi devons-nous nous concentrer après un traumatisme d’une telle ampleur ?
M.A : Notre devoir n'est pas de nous arrêter au premier obstacle, au contraire. Ce drame nous appelle à nous rassembler, à nous aimer encore plus, car la gueoula est là et elle nous demande de la recevoir unis, malgré les différences. Nous avons perdu des amis proches, comme s'ils étaient nos propres enfants. Et cela doit nous réveiller de 2000 ans de sommeil...
Lph : Vous avez un emploi du temps surchargé entre vos cours au Mahon Meïr, Mahon Tal et d’autres lieux encore, votre étude de la Torah et votre famille. Comment répartissez-vous votre temps ?
M.A : Je crois que c'est la question essentielle de la vie... J'essaie d'être à la maison avant 18h, d'étudier 5 heures par jour, de travailler 7 heures et de dormir 7 heures mais tout en sachant que cela ne se fera jamais...
Lph : Vous habitez le quartier d’Ir David, en plein cœur de Jérusalem, un lieu entouré d’Arabes. Pourquoi ce choix ? Quelle force puisez-vous dans ce lieu pourtant souvent agité ?
M.A : Je ne sais pas... quelque chose nous pousse à habiter où nous habitons. Ce que je sais, c'est que nos soldats sont de véritables héros et je prie pour que notre gouvernement arrête de rêver... C'est un scandale de rêver avec nos ennemis... Nous avons de très bons rapports avec nos 10 voisins de palier mais nous sommes méfiants. Ir David est sans doute l'un des lieux dans lequel on ressent le plus la présence divine qui se rapproche chaque jour.
Lph : Quel regard portez-vous sur la société israélienne sur les plans éducatif et affectif ?
M.A : Je pense que l'on peut être fier de notre société qui apprend de ses erreurs et s'obstine à rajouter de l'amour et du respect à chaque enfant... Nous sommes la société qui réapprend la valeur de l'entraide et de l'humanité.
Lph : Les olim hadashim de France rencontrent-ils plus de difficultés concernant l'éducation de leurs enfants dans un pays dont ils ne maîtrisent pas toujours toutes les ficelles ? Quel conseil leur donneriez-vous pour une éducation plus sereine ?
M.A : Emouna veut dire assurance. Chaque difficulté vient nous réapprendre à penser encore plus profond, à aimer malgré tout. En faisant son Alya, un juif apprend à se taire, à échouer, à perdre et c'est la clef de la croissance. Nous devons être conscients que si la graine ne se plante pas dans la terre, l'arbre ne poussera jamais... Finalement, lorsque nous réussissons hors d'Eretz Israël, nous sommes une belle graine dans le vent...
Lph : D’après les problèmes que vous observez chez vos patients dans le domaine familial, quel est le point qui mérite le plus d’investissement de nos jours ? Les relations internes dans le couple, le lien parent/enfant ?
M.A : Le couple et l'éducation sont en échec parce que l'on cherche à recevoir. Peu à peu, on apprend à donner pour donner et on devient encore plus Israélien. En hébreu le mot Canaan veut dire annulation, humilité, traits de caractère qui permettent d'être enclin à donner.
Lph : L’adolescence commence de plus en plus tôt parait-il ! Et en Israël particulièrement! Quel conseil donneriez-vous à tous ces parents d’adolescents qui cherchent la meilleure manière de traverser cette période délicate ?
M.A : L'adolescence c'est comme la Alya, c'est un bouleversement qui fait grandir, on apprend à ne pas toujours maîtriser la situation. La meilleure manière pour traverser cette période se résume en deux idées: parler beaucoup avec eux sans reproche et rester calme. En hébreu, le mot hystérie היסתריה veut dire manque de Emouna.
Lph : En 3 mots : le secret d'un couple harmonieux ?
M.A : Donner et penser à l'autre en sachant que le couple commence par le couple intérieur c'est-à-dire l'amour de soi.
Lph : En 3 mots : les fondements d'une éducation réussie ?
M.A : Donner du temps pour chaque enfant et se débarrasser de l'internet et de tous les jeux qui les électrifient!
Lph : De Pourim à Pessah’, cette période passe vite, la tension monte souvent dans les maisons, comment arriver à la Gueoula de Pessah de la façon la plus détendue ?
M.A : D'après le Rav Aviner 5 heures suffisent pour un nettoyage casher lamehadrin et le reste du temps, il faut le consacrer à voyager avec vos enfants et à les aimer... c'est l'essentiel de la préparation!
Visionnez les cours du Dr Aboulafia sur le site du Mahon Meïr http://www.machonmeir.org.il