Horaires de Chabbat à Washington : 8:16pm - 9:15pm
11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
בס"ד
Dr Michael Aboulafia
La Révélation Sinaïtique exprime, entre autres, le « mariage » entre l'Eternel et Son peuple. Ce jour est aussi l'anniversaire de la mort du roi David. Quel rapport y a-t-il entre le Don de la Torah et la royauté incarnée par ce roi prestigieux ?
L'émanation de la Lumière spirituelle n'est pleinement possible, semble-t-il, que si elle est intimement liée à la réalité, à la « royauté ». Le Divin ne peut véritablement se dévoiler que si on est sensible aux « événements » de la nation.
En matière d'éducation, on ne peut atteindre de meilleurs résultats qu'en s'unissant à l'enfant, à ses sentiments et à sa dimension corporelle, avec amour et en profondeur. Il n'y a pas d'éducation sans étreintes, sans berceuses, sans baisers, sans relations avec ce qu'il ressent.
Réciter les Psaumes c'est réciter la poésie, par excellence, ancrée en nous et éveiller la créativité englobante qui, du plus profond de nous-mêmes, extériorise le contenu spirituel inconscient que, par les Psaumes, le roi David nous a inculqué. Chacun doit dévoiler son domaine créatif particulier, ce qui n'est pas simple car, à la suite de deux mille ans d'exil, nous avons presque oublié ce qu'est la poésie, le dessin, la sculpture, l'écriture créatrice, la littérature, la musique sous toutes ses expressions, la danse, l'art dramatique, etc. Mais, grâce à D'ieu, avec le Retour, nous sommes redevenus à même de ressusciter l'art comme expression de la sainteté dans son authenticité et de composer des mélodies émanant de notre être. A cela aussi on doit éduquer.
Ici-bas, chacun a une mission à remplir. L'enfant ne peut pleinement accomplir la sienne que par la créativité. Elle oriente, édifie sa personnalité, et le sauve de l'ennui, c'est-à-dire de l'éloignement du « Moi ». Et si on ne parvient pas à déceler quel est son domaine de créativité, on doit tout faire pour savoir à quoi il s'occupe lorsqu'il est seul avec lui-même.
Les Psaumes sont l'expression la plus accomplie de la créativité parce qu'ils sont le patrimoine de notre peuple. « L'Eternel, mon berger, ne me fait manquer de rien » (Ps. XXIII, 1), me donnant, en particulier, de quoi me mesurer avec l'angoisse. Mais au fait, qu'appréhende-t-on ? Apparemment, on ne croit pas vraiment en la Providence divine mais uniquement à des stéréotypes la concernant. L'Eternel nous a fait don de l'intelligence, instrument merveilleux pour tout ce qui a trait à l'explicitation, l'analyse et à la réflexion avant de prendre une décision. Mais a posteriori on doit comprendre que tout ce qui « arrive » a le bien pour finalité (Sources passim) et s'effacer devant l'Infini dont on provient. Rabbi 'Aqiva a synthétisé d'une phrase la problématique du libre-arbitre : « Tout est prévu d'avance et (pourtant) la permission (de choisir) (nous) est donnée » (Maximes des Pères 3, 15).
Relativement à notre propos, nous avons la « permission » de chercher à comprendre mais en fin de compte il « arrivera » ce qui arrivera (affirmation à ne pas confondre avec le concept grec de « fatalité »). Dans cet esprit, le Psalmiste déclarait : « De la mort, je ne craindrais aucun mal, car Tu serais avec moi » (Ps. XXIII, 4).
Le mauvais penchant est l'image inversée de mon essence. Il n'y a donc rien à redouter car tout procède de la Providence : « Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront ma vie durant, et j'habiterai de longs jours dans la Maison de l'Eternel » (ibid. 6). Par « croire », nous entendons remettre la compréhension intellectuelle à sa place pour éviter le risque qu'elle ne nous coupe de nous-mêmes, de la société et de l'Eternel, à moins de l'utiliser en tant que moyen d'expliciter l'histoire comme dévoilement du « Projet divin » (d'après Kouzari), la foi et la Providence divine.
Rav Azriël Ariël
De Ra'amsès à Jérusalem : un itinéraire bien compliqué !
Le Rav Kook donnait comme sous-titre au Livre des Nombres celui de Livre de l'Itinéraire, le passage de Ra'amsès à Jérusalem étant loin d'être direct. Entre temps, on devait effectuer la « Traversée du Désert ».
Au début, elle semble passablement idyllique : un camp bien organisé en tribus, des drapeaux bigarrés pour égayer l'œil et des fanfares, pour l'oreille ; au-dessus, les « Nuées de la Gloire » ; devant, une colonne de fumée le jour et de feu la nuit. Mais un regard rétrospectif révèle que « l'itinéraire » était bien difficile et qu'il était jonché d'embûches et de dangers. Cela avait-il de quoi nous effrayer ?! « Nous avons surmonté (l'épreuve de) Pharaon, dit-on couramment en Israël, celle-là aussi nous la surmonterons, avec l'aide de D'ieu ».
Mais le charme s'est bien vite dissipé. Au début, on s'était mis en route pour créer une dynastie de prêtres, un peuple saint (d'après Ex. XIX, 6), et pour se sublimer sur le Mont du Temple. Mais bien vite on a modifié du tout au tout la perspective. Immédiatement après le Don de la Torah, « Nous nous sommes sauvés comme des écoliers devant leur maître » (Sources passim), et les problèmes caractéristiques d'un état de crise se sont faits jour. D'abord, on se plaint que le voyage est trop difficile ; ensuite, on se languit des marmites de viande, de poissons et de légumes qu'on mangeait « gratuitement » (d'après Nom. XI, 5) ; puis on a l'envie irraisonnée et irrésistible de se gaver de viande (d'après Nom. XI, 32) avec, pour conséquence directe, la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes, expression de la colère divine. On conteste l'autorité de Moïse et les crises atteignent leur paroxysme avec la Faute des Explorateurs où éclate au grand jour l'état d'indigence spirituelle dans lequel est plongé notre peuple, avec son expression la plus navrante, le dénigrement de « La Terre de délice » (Zéh Vii, 14 et passim), le cours de l'histoire venait temporairement de s'inverser. Au moment d'atteindre la Terre Promise, on était revenu, au sens propre, sur ses pas, repassant, entre autres, à l'endroit-même où avait eu lieu le miracle de la Traversée de la Mer Rouge. La conquête d'Eretz-Israël était repoussée de plus de trente-huit ans.
Au comble du désespoir, le peuple reçoit de D'ieu des « mitsvot » ayant trait à Eretz-Israël. Par là, il renoue ses liens avec cette Terre et reprend courage. Certes, le chemin est bien difficile mais on en entrevoit la fin.
L'itinéraire de Ra'amsès à Jérusalem préfigure le processus de la Délivrance qui s'opère actuellement. Il a lui aussi « Ses embûches et ses difficultés ». A toutes les générations, nos Sages ont enseigné qu'il devait en être ainsi (Traité Souca 52 B). En particulier, on a reçu par tradition que « Le messie qui descend de Yossef serait assassiné » et qu'en s'acheminant vers la Délivrance on traverserait une crise particulièrement pénible. Néanmoins, par le Qol Hator (page 466-467), on apprend des disciples du Ga'on de Vilna « Qu'il est vivant ». Il n'aurait donc pas été « assassiné » ? Le décret serait donc abrogé ou, plus exactement, réparti en souffrances beaucoup moins âpres et infiniment plus faciles à surmonter ?
Nos Sages enseignent que la Délivrance ne viendra que lorsqu'on aura désespéré de sa venue. Rabbi Sadi'a Ga'on explique ainsi cet « étonnement » (Emounot Védé'ot 8, 5) : ils nous ont retransmis cet enseignement pour qu'on ne soit pas « surpris » par l'arrivée subite de la Délivrance, autre témoignage d'amour de l'Eternel à notre égard, car sa venue reste constamment présente.
Ainsi, « Nous n'avons pas perdu espoir » (hymne israélien) mais « l'itinéraire » en question n'a pas pour but un je-ne-sais quel rêve de faire d'Israël un « Peuple libéré (avec ici pour connotation : des « mitsvot ») sur notre Terre » (ibid.) mais un peuple qui, à l'instar de nos ancêtres dans le désert, s'attache fidèlement à l'Arche de l'Alliance qui, tout comme jadis, lui montre la voie à suivre.
(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)