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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012

Certains non-Juifs osent défendre notre cause. Ils déplacent des foules pro-israéliennes mais sont aussi décriés par certains qui se méfient de leurs motivations. Pourquoi déclenchent-ils des réactions si passionnées ?
Jean-Patrick Grumberg
Dreuz.info
Nous les Juifs, avons l’habitude historique d’être attaqués, voire ignorés lorsqu’on nous attaque. Défendus ? Pas vraiment.
Lorsqu’un non-Juif, avec acharnement, prend notre défense et lutte pour notre juste cause, il déplace les foules, on veut voir le phénomène, et en corollaire, il déclenche le doute chez certains.
Doute alimenté par nos ennemis !
Que croyez-vous que nos amis, les Chrétiens d’Amérique, inspirent à ceux qui veulent notre destruction ? Une terrible rage. Alors ils pratiquent un vieux procédé : diviser pour mieux régner. Ils distillent le doute, donnent à croire que ces Chrétiens ne sont animés que de mauvaises intentions à notre égard, des intentions génocidaires d’un genre nouveau.
Et chez certains, ça prend. L'histoire a montré, se disent-ils, qu'il ne peut en être autrement : les non-Juifs nous ont toujours détesté, ça ne changera pas. La réalité les contredit ? Ils changent la réalité, puisqu'ils veulent douter, quoi qu'il arrive.
Jacques Kohn
Magistrat honoraire
Les raisons de cette sympathie agissante sont diverses.
On la trouve fréquemment dans certaines obédiences protestantes, surtout parmi celles dont les membres favorisent la lecture de la Bible.
Elle existe également, comme l’a montré le livre de Célia Belin, au titre quelque peu énigmatique de « Jésus est Juif en Amérique », chez les Chrétiens évangélistes, dont le sionisme est souvent présenté comme plus ancien que le sionisme politique juif.
Signalons encore ceux qui sympathisent avec l’Etat d’Israël par réaction aux horreurs de la Shoah. Certains parmi eux, et notamment parmi les descendants d’anciens dignitaires et membres du parti nazi, sont allés jusqu’à se convertir au judaïsme ou, sans s’engager dans cette démarche, à s’installer en permanence en Israël.
Certains milieux juifs, échaudés par les péripéties de l’histoire, se méfient de cette empathie. D’autres la considèrent avec faveur, allant même jusqu’à y trouver parfois des signes annonciateurs de l’ère messianique. Difficile de prendre parti, dans un domaine où nous manquons singulièrement de recul !
Georges-Elia Sarfati
Fondateur de l'Université Populaire de Jérusalem
Si les ennemis d'Israël ont gagné une guerre, c'est assurément celle de l'information. Or les conséquences de cette victoire impliquent l'image du vaincu sur une vaste échelle. Elle est celle d'un vaincu mis au ban des nations, désigné à la vindicte publique pour des crimes imaginaires. Il n'est pas étonnant que tout défenseur d'Israël dans ces conditions, partagera son sort. Oser défendre une personne ou une « entité » moralement indéfendable, ne joue pas en faveur de ces plaideurs sans autre qualité que leur compétence et leur bonne foi. Le public israélien recherche leur voix et se sent réconforté, car il s'agit d'une rareté. Les Justes des nations sont minoritaires, ne l'oublions jamais. Qu'ils dérangent, indiquent que leur action pédagogique est connue. Leur existence, appuyée par la persévérance d'Israël, montre néanmoins que la vérité morale n'a pas besoin du grand nombre. Il faut continuer de semer la contradiction, qui est le principal vecteur de changement.
Alain Legaret
Rédacteur du Monde à l'endroit
Il me semble tout à fait normal que des non-Juifs qui défendent Israël déclenchent des réactions passionnées. Le contraire aurait été surprenant.
Par temps trouble, dès qu’on parle des Juifs, et peu importe qui le fait, les réactions sont toujours passionnées.
Car si le monde prenait forme humaine, le peuple juif serait la conscience. Sans elle, on ne peut subsister. Quand tout va, on l’oublie. Mais dès qu’on fait un écart, dès qu’on se laisse aller, elle dérange. On veut alors la fuir, la museler, on s’emploie à (se) convaincre qu’elle a tort. Et plus on veut l’étouffer, plus elle devient forte et obsédante à la fois. C’est pourquoi sa simple évocation, particulièrement en période de crise, déchaîne les passions.
Alors quand c’est un non-Juif qui choisit de défendre Israël, de nager à contre-courant, de mener un combat qui peut apparaître perdu d’avance, il intrigue forcement. Si certains ne peuvent concevoir un engagement non motivé, le judaïsme nous enjoint de toujours juger favorablement.
Ce que je sais, c’est qu’en Israël des familles entières doivent leur existence à des non-Juifs qui ont caché des Juifs à une époque où il était plus facile de les dénoncer.