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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012

Notre parasha nous enjoint à plusieurs reprises de ne point omettre. Comment peut-on ordonner à une personne de ne pas oublier ? L'oubli provient du subconscient !
La Torah fait apparemment allusion à un homme qui manque de se concentrer sur ce qu'il est en train de faire et agit donc machinalement, comme s'il était absent et sans ressentir la présence divine. Le Sfat Émet explique à merveille le verset « Je n'ai transgressé aucun de Tes commandements et n'ai pas oublié » que l'homme prononce lors de la proclamation des dîmes. Il est occupé à accomplir une Mitsva, alors pourquoi signale-t-il qu'il ne l'a pas omise ? C'est parce qu'une personne peut oublier un commandement tout en l'exécutant ! Il ne le ressent pas, son esprit est ailleurs.
« Une femme peut-elle oublier son nourrisson ? » interroge la Haftara (Isaïe 49, 15). Cette question paraît rhétorique. Étonnamment, voici la réponse : « Fût-elle capable d'oublier, Moi, je ne t'oublie point ! » Alors qu'une mère est susceptible de négliger son bambin, D., Lui, en est « incapable ».
Quand une mère risque-t-elle d'oublier son enfant ? Justement quand il est présent, pendant les vacances par exemple.
Cela explique sans doute l'origine du terme araméen שכיח *. En l'absence d'heures de sortie et de retour précises, d'horaires de repas fixes, lorsque la tension et les soucis diminuent, c'est alors que la שכחה, l'oubli, fait des ravages. Dans la vie conjugale, l'habitude nous pousse à ne point reconnaître les bons côtés de notre conjoint, à oublier sa présence naturelle et négliger de le remercier pour ses efforts réguliers. Une telle vie de couple est vouée à l'échec.
Dans le désert, quand les yeux des enfants d'Israël étaient constamment rivés vers D., il n'était pas nécessaire de les supplier de ne point omettre. C'est précisément en Israël, là où « les yeux de l'Éternel ton D. se trouvent en permanence », que le risque d'oublier surgit. De même, un ba'al techouva récent ne fera jamais sa tefila dans l'oubli ; au contraire, c'est « vous qui êtes attachés à l'Éternel votre D. » qui devez redonner de la vie à votre prière quotidienne, afin de ne pas oublier de prier pendant que vous êtes en train de prier…
Que faire pour ne pas délaisser ceux que nous chérissons le plus ? Le Or Ha'Haïm HaKadoch apporte un commentaire nouveau : c'est lorsque nous sommes très proches qu'il nous faut faire preuve de crainte du Ciel, car l'amour se place au-dessus de la crainte. Or, D. réclame uniquement la crainte car quiconque craint suivra ce sentiment jusque dans les moindres détails.
La peur doit exister entre les époux ! Il ne s'agit évidemment pas de redouter son conjoint, mais Hachem ! Ce sentiment se manifestera également à l'égard de nos enfants, de notre prière, c'est-à-dire qu'à tout moment, nous devons nous poser la question : « Et maintenant, que l'Éternel ton D. exige-t-Il de toi ? » Car Lui n'oublie jamais !
L'expression « abandonné de D. » est nulle et non avenue. Hachem, le Roi le plus chakhia'h du monde, sans égal, n'abandonne jamais Ses enfants, même ceux qui ont été oubliés de leur mère qu'ils ont endeuillée ! « Et tu diras en ton cœur : "Qui me les a enfantés, tous ceux-là, à moi qui étais privée d'enfants et solitaire ?... Ceux-là, qui les a élevés ?". Notre Père, au Ciel, n'oublie point, Il est présent.
* fréquent, habituel, naturel