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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
Notre paracha traite des bénédictions que Bileam s’est vu « contraint » de donner à Israël – il pensait maudire et s’est trouvé bénir !
Si quelqu’un s’interroge sur l’importance de cette paracha où un goy a béni les Juifs par erreur, il ne pourra qu’être surpris de lire le passage suivant du traité talmudique Bérakhot (page 12b) :
« Rabbi Abahou ben Zoutrati enseigne que rabbi Yéhouda bar Zévida enseigne : Ils (les Sages) voulaient intégrer la paracha de Balaq dans la liturgie de la Qriat Chema et pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Pour ne pas fatiguer le public ».
La guémara explique que l’essentiel de l’importance de la paracha de Balaq ne tient pas au fait qu’y est mentionnée la sortie d’Égypte (« D'ieu les fait sortir d’Égypte… »), celle-ci figurant aussi dans d’autres textes, mais parce qu’il y est écrit : « il a plié, s’est couché comme un lion et comme une lionne – qui le relèvera ? » Les commentateurs font valoir que se trouve là une allusion au thème des moments où s’effectue la Qriat Chema : « en te couchant et en te levant » (le midrash Tanhouma 14 se réfère quant à lui au verset précédent « voici un peuple qui se lève comme une lionne, se dresse comme un lion. »
Les propos de la guémara soulèvent plusieurs questions :
Pourquoi aurait-on pu croire qu’il fallait lire toute cette paracha ? Que signifie toute la paracha ? Et si elle est vraiment aussi importante, pourquoi ne la dit-on pas de fait ?
Il semble bien que le prétexte du verset « il a plié, s’est couché comme un lion et comme une lionne – qui le relèvera ? » tel que proposé par la guémara par rapport à la Qriat Chema n’est qu’allusif, mais ce n’est pas le sens simple du texte.
Les bénédictions de Bileam se réfèrent à l’ensemble de la nation d’Israël, comme par exemple l’amour particulier de D'ieu pour Israël depuis les temps du commencement : « car depuis le sommet des rocs escarpés je le vois et depuis les collines je le contemple » ; « Hachem son D'ieu est avec lui et la sonnerie de la trompette royale y retentit ». La spécificité unique d’Israël à la différence des peuples, ainsi qu’il est écrit : « voici c’est un peuple qui campe solitaire et qui n’est pas compté au nombre des nations ». La Providence particulière de D'ieu qui veille sur Israël, ainsi qu’il est écrit : « Point de sorcier en Jacob, et pas d’enchanteur en Israël. » L’idée force selon laquelle s’il y a faute en Israël, elle est contingente, alors que le bien y est de nature foncière, ainsi qu’il est écrit : « que tes tentes sont belles, Jacob, tes demeures ô Israël ! ». Et aussi, bien sûr, la souveraineté royale d’Israël appelée à l’élévation universelle : « Son roi est exalté au-dessus d’Agag et suprême royauté. » Il semble donc bien clair que le verset « il a plié, s’est couché comme un lion et comme une lionne – qui le relèvera ? » doive lui aussi avoir une dimension de même hauteur et qui touche à la conquête de la Terre.
Cela rend compte aussi du désir qu’avaient nos Sages de voir chaque Juif lire ces passages soir et matin tous les jours de sa vie adulte, afin que nous nous pénétrions tous de la nature exceptionnelle de notre peuple et des promesses divines concernant la souveraineté d’Israël quand finiraient les temps d’exil.
Alors, pourquoi se sont-ils abstenus de l’imposer ?
Nos Sages ont eu soin de nous enseigner ces mêmes principes et ces idéaux au travers de bien des halakhoth et des détails qui émaillent la vie quotidienne, comme dans la bénédiction après le repas qui contient une référence centrale à la construction de Jérusalem, dans la prière, la lecture chabbatique de la Thora ainsi que des passages prophétiques (les haftaroth) qui y font suite, mais aussi dans les jeûnes et deuils qui rappellent sans relâche notre espérance de voir Jérusalem rétablie dans sa splendeur…
Ils ont préféré ne pas l’inclure au moment où nous sommes occupés, lors de la Qriat Chema, à prendre sur nous la souveraineté divine. Ils ont voulu qu’à ce moment-là nous nous concentrions sur notre implication individuelle et personnelle dans l’établissement de la Souveraineté divine et l’accomplissement de Sa volonté : les dimensions les plus universelles de réalisation des idéaux les plus sublimes commencent par la manière dont nous les assumons, chacun de nous, dans sa vie intime et privée. C’est dans notre constance, jour après jour, notre persévérance obstinée dans chaque détail où se joue notre amour pour Dieu et notre révérence pour Lui et l’accomplissement de Ses commandements.
N’est-ce pas ce qu’écrit le rav Kook, notre maître, dans sa lettre n° 555 :
« La part de la ségoula, de la valeur intrinsèque innée en chacun de nous et qui lui vient des Pères d’Israël, est infiniment plus grande et plus sainte que celle qui dépend du libre choix de chacun ; mais voilà, une loi particulière s’exerce en l’occurrence, selon laquelle cette ségoula ne peut se dévoiler de notre temps que dans la mesure où la volonté libre sous-tend et soutient son dévoilement. C’est pourquoi tout dépend de la majorité des actes, de la sainteté de la fidélité et de l’étude de la Thora… »
Chabbat Chalom
Nahum Botschko
Traduit par Rav E. Simsovic