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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
Paroles de Femmes
Par Rabbanite Yemima Mizrahi
C'est justement dans l'ordre bien structuré de la Haggada qu'apparaissent deux versets dans le désordre. Dans le Livre d'Ézéchiel, le prophète décrit comment le peuple juif est projeté dans l'exil d'Égypte, à l'instar d'un nourrisson jeté dans le champ : « Je passai auprès de toi, Je vis comment tu t’agitais dans ton sang et te dis : "Vis dans ton sang !..." ». Et tout de suite après : « … tu as revêtu la plus belle des parures, mais tu étais nue et dénudée » (Ézéchiel 16, 6-7). D. s'approche du nouveau-né, le nettoie, l'habille et l'orne de bijoux. C'est l'ordre logique du récit.
En revanche, dans la Haggada, l'ordre est inversé ! Le « nourrisson » se fait beau et se pare et c'est seulement après qu'Hashem passe près de lui alors qu'il est nu et sale ! Pourquoi l'auteur de la Haggada a-t-il modifié l'ordre de l'histoire ?!
Le soir du Séder, tout est renversé : la foi inébranlable des enfants d'Israël, comme s'ils allaient être délivrés ce soir-là, représente l'ornement que porte le petit enfant encore sans vêtements. Rashi explique à merveille les termes « ba'adei adayim », « la plus belle des parures » : « dans le sens de ad, « jusqu'à », comme dans : "Ayez confiance en D. éternellement (adei ad)" ».
« Vis dans ton sang ! » nous ordonne l'Éternel. Cette nuit-là, imagine que tu as été scellée pour une nouvelle vie ! Viens au Séder parée, souriante ; ton foyer est un palais royal, tes enfants brillent de propreté. Assieds-toi comme si tu t'installais à la table du roi, entonne des chants de délivrance et alors D. s'approchera de toi.
« Celui qui, à Pessah, ne mentionne pas les trois choses suivantes ne remplit pas son devoir, à savoir : Pessah, Matsa et Maror ». Encore une fois, l'ordre est inversé. En Égypte, les Hébreux subissent d'abord le Maror, ensuite ils cuisent la Matsa puis sacrifient l'agneau pascal (Korban Pessah). L'auteur de la Haggada insinue que pour accomplir le commandement du Séder il faut abandonner l'ordre naturel des événements : pense à la rédemption et alors tu pourras évoquer la sortie précipitée et les dures épreuves comme un souvenir lointain…
Le mot-clé du sage sera : comme si. Il s'imaginera comme s'il était déjà sorti d'Égypte. Le méchant dira « si », signalant une occasion manquée : « Si je n'avais pas eu de Maror, de malheurs dans ma vie, tout irait bien ! ». C'est pourquoi, dans la Haggada, on dit : « S'il avait été là-bas » ; autrement dit, du moment que le mot « si » joue un rôle prépondérant dans ton vocabulaire, « il n'aurait pas été délivré ! ». Il est impossible d'être délivré de cette manière ! Ne te gâche pas la soirée du Séder, n'attends pas que tout soit réellement en ordre : ce soir, c'est toi qui décides de l'ordre des choses, c'est toi le nourrisson de D.
Le soir du Séder, l'ordre est interverti « afin que les tout-petits interrogent ». Seul le bébé, aussi délaissé et dépendant soit-il, ne remet nullement la foi en question. Il crie, sachant qu'on ne peut l'ignorer : on le serre forcément sur son cœur, on le nettoie, le nourrit, l'habille et le pare. Cette nuit, nous sommes tous des nouveau-nés…
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