Horaires de Chabbat à Washington : 8:16pm - 9:15pm
11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
Manger des oreilles d'Aman, peut-être pour exorciser notre souffrance ancestrale d'avoir été obligé d'obéir à la voix de nos ennemis durant les différents exils, pourquoi pas?
Mais être astreint à écouter le récit d'un revirement politique perse, âgé de
plus de 2000 ans, en louant D… pour le sauvetage des Juifs d'une Shoah, qui de toute façon n'a pas eu lieu, ce n'est pas sérieux!
Se déguiser à Pourim pour exhiber notre foi dans un prochain renversement des valeurs évidemment nécessaire dans ce monde débauché, c'est certainement une thérapie intéressante !
Mais devoir participer à un festin déluré long de plusieurs heures sous prétexte d'exprimer notre joie du Divin, cela parait le comble de l'absurde !
Que le jour de Kippour devienne l'unique fête du calendrier après la Guéoula, ça tombe sous le sens, mais rajouter Pourim, ça a plutôt l'air d'une blague !
La nécessité d'une religion constituée de symboles et de coutumes permettant aux adeptes de surmonter les difficultés de la vie, est acceptée d'emblée par la majorité.
Le besoin d'ordre spirituel, d'étudier la Tora de manière à palier la lourdeur des contraintes matérielles de la vie est, elle aussi, intégrée par la plupart.
Mais croire en la présence Divine dans des événements humains et historiques tels que la naissance de l'Etat d'Israël, l'achat d'une belle villa avec le gain de mes efforts ou l'annulation d'un décret gouvernemental par le biais d'une ministre intelligente, ça a l'air d'être un peu tiré par les cheveux !
Et pour finir, entendre que le point culminant de Pourim, fête soi-disant si "Divine", est de boire de l'alcool jusqu'à ne plus être capable de distinguer entre
Mordekhaï et Aman, c'est le choc total !
Pourtant la leçon est si simple !
La Bible est remplie d'exemples prônant cette vérité : lorsque la Volonté divine sert de catalyseur aux intérêts des individus, à travers une sémantique intellectuelle soi-disant spirituelle, la Torah se transforme alors en religion totalitaire et destructrice !
Si les aller-retours entre la maison et la synagogue faisaient de nous des gens heureux et épanouis, alors pourquoi chercherait-t-on dans les cours de Torah des réponses à nos angoisses?
Comme si l'étude de la Torah avait été inventée pour nous offrir des séances de psychothérapie sur mesure !
Comme si le but des prières à la synagogue était de combler les frustrations spirituelles de notre vie privée!
La Torah se doit, bien sûr, d'être structurée par des lois, tant que le Tikoun de l'humanité n'est pas terminé, mais son "âme" s'exprime beaucoup plus dans la manière du comportement que dans sa forme !
De la même manière que l'esprit de shabbat peut accompagner l'individu tout le long de la semaine, si ce dernier le désire vraiment, la Présence divine est aussi intense
(si ce n'est plus!) dans la nature et les évènements apparemment engendrés par l'humain, que dans ce que nous appelons les miracles !
Mais pour être vraiment capables de percevoir et ressentir la Présence divine dans le déroulement des choses de la vie, il va falloir apprécier et remercier pour chacune d'elles
et les vivre à la fois simplement et intensément.
En tant que pratiquants des Mitsvot, il faut arrêter de se prendre au sérieux et de croire que l'aura religieuse (liée à la crainte et au mysticisme de pacotille) que l'on attribue à notre vie juive, valide la spiritualité de la Torah !
Dans la Guemara, Rabbi Na’hman est capable de délivrer son avis sur un texte d'étude, seulement après avoir mangé un plat de viande bien spécifique, détenant (d'après le « Sod ») l'énergie adéquate à la résolution du problème en question !
La Torah n'est pas un vaccin censé nous immuniser contre les méfaits de la vie, mais elle ressemblerait plutôt à un complexe vitaminique nous permettant de croquer cette vie avec bonheur, et de ressentir Sa Présence bienfaisante dans chaque coup de dents !
Pourim est donc bien la fête de la Guéoula par excellence ! Pleine d'une joie de vivre simple et vraie qui va nous permettre, B.H., de rencontrer le Roi de l'univers à la table de notre festin, en buvant suffisamment pour voir le monde à l'envers, c'est-à-dire dans le bon sens !
Liora Meir
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