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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
Point de Vue
Ouri Elitsour, Makor Rishon. Traduction Nadav Hillel
Il y a un réel sentiment d’insécurité au sein du public, face à la montée des prix, mais les pleurs et les complaintes qui font les gros titres sont surtout l’expression de la manipulation des journaux, et un tremplin pour les politiciens de l’opposition.
Les grands titres qui décrivent la plainte des masses opprimées face à la montée des prix en Israël, ne sont que des exagérations ridicules et hors de toute proportion, gonflées sciemment par des journalistes cyniques et irresponsables.
Certes il y a une irritation générale, et pour la première fois depuis le début de ce gouvernement, un sentiment de malaise et d’insécurité économique s’est répandu. Il n’y pas à dire : c’est énervant de ne pas sortir de la station d’essence à moins de deux cent cinquante shekels, surtout quand ça arrive en série. Les deux ou trois premières fois on encaisse en silence, mais à la quatrième, on s’énerve vraiment. Sauf que moi, ce qui m’énerve encore plus, c’est quand des commentateurs éclairés comparent notre situation à celle de l’Égypte et de la Tunisie - ce qui revient à comparer la grippe au cancer, et demandent quand ici, les foules sortiront dans les rues…
Là-bas, les chômeurs se comptent par millions, les classes moyennes universitaires sont réduites à se livrer à des travaux laborieux et précaires pour survivre, sous un régime répressif et castrateur, sans espoir et sans avenir. Ici, il s’agit d’un Etat libre qui assure à ses citoyens une économie florissante - l’une des plus stables au monde, un taux de chômage faible et un niveau de vie élevé, une assurance médicale et des retraites, un salaire minimum et tout un système de subvention, de la naissance à la vieillesse.
Cela ne signifie pas que tout est parfait : il y a une réelle détresse, et surtout, une vraie colère. Mais la situation des Israéliens est plutôt enviable – et pas seulement par rapport à l’Égypte ou aux pays d’Afrique, mais au niveau mondial. Y compris pour cette fameuse classe moyenne, qui souffre vraiment. Notamment les 35-45 ans, qui s’essoufflent, avec trois ou quatre enfants, un prêt immobilier, un véhicule, mille dépenses et tout qui augmente.
Mais contrairement aux autres autour de nous, elle s’essouffle parce qu’elle est en ascension. Le prêt est pour un appartement plus grand, le découvert pour une nouvelle voiture, et l’école est chère mais c’est pour un investissement pour l’avenir de nos enfants ; et dans dix ans, les dépenses seront réduites, les revenus plus grands et notre statut plus élevé. Grâce à D-ieu, nous nous portons bien par rapport aux 12% de chômage européen et à la faillite des banques américaines.
Il y aura toujours un philosophe ou un poète qui expliquera que le prix du pain n’est pas une question économique mais symbolique, et que les vingt agourot de plus sur le litre d’essence, la goutte qui fait déborder le vase. Mais les prix ne sont ni des symboles ni des poèmes. Le prix du pain tout comme celui de l’essence est déterminé par un indice mondial et non par l’État d’Israël, et ce n’est pas ce qui va nous ruiner.
Certes, il y a une petite minorité pour qui quelques agourot représentent beaucoup, et c’est elle qu’il faut soutenir par différents systèmes, qui nécessitent améliorations et réformes, mais ce ne sont pas ces pleurs et ces cris qu’expriment les journalistes, les syndicats et les députés qui craignent de ne pas être réélus. Une conjoncture d’évènements économiques dans le monde avec quelques erreurs locales, surtout psychologiques, a conduit à l’augmentation simultanée du prix de produits essentiels, de surcroit en plein hiver, et juste quand les journaux sont à l’affut de drames après avoir épuisé les thèmes Galant et Moubarak, et qu’Ofer Eyni se soit séparé de Barak. Une accumulation de faits qui comme l’affaire Galant, pourrait faire boule de neige, qui fait grossir les titres, trembler les députés, et gonfle l’égo des chefs de syndicats. Résultat possible : inflation et crise économique, pour du vent.
Mais en attendant, il ne s’agit en fait que d’une crise de leadership, psychologique et médiatique, dont le gouvernement doit se soucier. Sans rigidité face aux soupirs du public, et sans hystérie face aux faiseurs de gros titres et autres agitateurs. N’augmentez pas les prix quatre fois par mois, parlez de ce qui se passe au public, n’entrez pas dans un conflit d’égo avec les syndicats, et ne vous obstinez pas dans des décisions erronées. Mais d’autre part, ne brisez pas le budget, ne changez pas de ligne directrice, et l’essentiel surtout – ne paraissez pas paniqués et en désaccord. Si vous ne vous soutenez pas les uns les autres, si vous ne travaillez pas ensemble, vous tomberez tous chacun de votre côté…
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