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11 Sivan 5772 - vendredi 01 juin 2012
Claude Lanzmann, Israel Ayom
Le 9 avril dernier, au festival des films d'Istanbul, était projeté le film "Shoah", sous-titré en turc, devant un public presque entièrement musulman.
Mon film a été classé parmi les dix meilleurs films sélectionnés.
Précédemment, une chaîne câblée importante, retransmettant de Los Angeles vers l'Iran, avait diffusé le film, sous-titré en persan, à deux reprises.
L'agence de l'information iranienne officielle, "Paras", a condamné cette diffusion, accusant Israël "de propagande du mythe de l'Holocauste". Malgré cela, des centaines d'e-mails et d'appels téléphoniques envoyés à travers l'Iran, exprimaient le même message général : la diffusion du film fut un véritable moment historique.
Le président iranien a réagi de façon très violente à cette diffusion. Son premier discours négationniste remonte à 2005 : " La Shoah n'a jamais existé, c'est une invention des Juifs et des Sionistes", avait-il dit. Depuis, il continue, régulièrement et fanatiquement, d'exprimer sa position à chaque occasion.
Ahmadinedjad a même commandé l'écriture d'un livre, soi-disant scientifique, à l'Institut de recherche scientifique, organisme gouvernemental et politique de l'Iran.
L'institut a publié un document de cinquante pages en persan, sous le titre : "Shoah, un film de propagande". On peut y lire : "Claude Lanzmann, homme de cinéma juif et réalisateur du célèbre film "Shoah", est l'un des plus importants défenseurs de la Shoah. Il a réalisé le film comme un documentaire, afin de prouver que l'Holocauste a effectivement eu lieu. Il est important de bien examiner le film et de dévoiler ses mensonges, afin de mieux réfuter la Shoah".
Je n'ai pas réalisé le film "Shoah" pour répondre aux négationnistes. J'ai toujours agi selon la formule d'un ami : " On peut parler des négationnistes, mais pas avec eux". Ce film n'est pas là pour prouver l'extermination de six millions de Juifs; il n'est pas besoin de le "prouver". Il suffit de visiter les parcelles juives des cimetières parisiens.
Il n'est pas rare de voir une photo sur les tombes, accompagnée de l'inscription " mort, tué ou assassiné à Auschwitz (ou Treblinka) en 1942 (ou 1943)". Mais les tombes sont vides; les cendres des victimes juives ont, depuis longtemps, étaient dispersées en Pologne. L'unique preuve est là, inattaquable et destinée à être transmise de génération en génération.''
Le crime parfait
Lors de la première diffusion du film en 1987, sur TF1, des négationnistes français ont tout fait pour dissuader les téléspectateurs de voir le film. Il mettait en danger leur thèse.
Aucune dépouille n'apparaît dans le film; c'est la réalité de l'extermination elle-même, qui est à l'origine du succès de "Shoah".
Trois heures après l'arrivée de milliers de Juifs dans les camps d'extermination, tous étaient asphyxiés, leurs corps brûlés, et les cendres dispersées. L'extermination a été totale. La destruction, elle-même, a été anéantie. C'était le crime parfait.
Aujourd'hui, nous comprenons que la négation de la Shoah était déjà au cœur du plan nazi. La proclamer, c'est soutenir le nazisme. L'antisémitisme est une hydre à mille têtes, qui se renouvelle sans cesse dans un seul but : causer la mort des Juifs. Pour permettre cela, à nouveau, il doit nier que le meurtre a déjà été commis précédemment.
"Shoah" n'est pas une preuve, Président Ahmadinedjad : le film, en réponse à la destruction des empreintes, construit une mémoire vivante, à laquelle se joint les voix et les visages des victimes, des assassins et des témoins.
Cette mémoire est un accomplissement, cher comme le sang, une authentification de la réalité.