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14 Sivan 5772 - lundi 04 juin 2012
Certaines voix s'élèvent pour proposer une internationalisation de Jérusalem. Cette solution nous apporterait-elle vraiment la paix avec les Nations ou ne serait-elle pas plutôt le détonateur d'une nouvelle guerre de religions ?
Jacques Kohn
Magistrat
Je ne m’attarderai pas à rappeler ici le caractère éminemment juif de la ville de Jérusalem. D’autres le feront plus éloquemment que moi.
Peut-être est-il bon cependant de rappeler ici d’anciennes expériences d’internationalisation, qui ont toutes été vouées à l’échec :
La ville de Dantzig (aujourd’hui Gdańsk) a été une ville internationale sous la protection de la Société des Nations de 1919 à 1939, année où elle est tombée dans l’escarcelle du Reich allemand.
La ville de Tanger a été dotée en 1925 d’une administration internationale. Ce statut a été aboli en 1960, lorsqu’elle fut rattachée au royaume du Maroc.
Dans la liesse qui a suivi leur victoire sur l’Allemagne nazie, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique se sont partagé en 1945 la ville de Berlin, qu’ils ont dotée d’une administration commune. En 1961, l’Union soviétique a construit autour de sa zone un mur presque infranchissable, qui ne sera abattu qu’en 1989 avec la perestroïka.
Peut-être serait-il judicieux, lorsqu’on parle d’une internationalisation de Jérusalem ou de son partage entre deux Etats, de se souvenir de ces expériences passées.
Professeur Mordekhaï Kedar
Conférencier à l'université de Bar-Ilan, spécialiste du monde arabe
Il n'existe pas dans le monde aujourd’hui, de villes qui aient le statut permanent de ville internationale. En effet, la division des responsabilités entre différents Etats n'entraine que disputes et luttes. Sur le terrain, il ne doit y avoir qu'un seul maître des lieux, un Etat souverain qui établit l'ordre et les lois.
L'internationalisation d'une ville pourrait éventuellement être un succès s'il s'agissait d'Etats qui se respectaient les uns les autres, qui reconnaissaient les droits de chacun et qui seraient donc prêts à reconnaître un pouvoir binational ou multinational sur une ville.
Ce cas de figure n'est pas celui en vigueur au Moyen-Orient. Les pays arabes voient Israël comme un Etat sans légitimité et même ceux qui ont fait la paix avec Israël – comme l'Égypte ou la Jordanie – n'acceptent pas de le reconnaître comme l'Etat du peuple juif.
Dans ce contexte, une internationalisation de Jérusalem entrainera inéluctablement un conflit entre Israël et toute partie qui essaiera de le dominer par des accords qui ne seront pas israéliens. A plus forte raison si cette deuxième partie est l'ONU, composée de 57 Etats islamiques et dont certains vendent du pétrole et peuvent imposer leur agenda islamique.
Viendrait-il à l'idée de qui que ce soit que des pays comme l'Iran ou la Syrie soient des partenaires pour fixer les règles relatives aux prières des Juifs sur le Mont du Temple, là-même où les Musulmans refusent d'accepter que se trouvait le Beit Hamikdash ?
Daniel Haïk
Journaliste
L'internationalisation de Jérusalem n'est une solution que dans la tête des chefs d'Etats qui refusent l'existence d'un Etat juif sur la Terre d'Israël. Et ce n'est pas une hypothétique internationalisation de la ville qui servira de détonateur à une guerre de religions, car cette guerre existe déjà aujourd'hui, sous nos yeux. En réunifiant notre capitale, il y a 44 ans, nous avons donné notre réponse à ceux qui contestent nos droits. Mais pour que cette réponse soit pleine et entière, nous devons nous rappeler que le roi David a loué dans ses Psaumes une autre forme de réunification, de 'hibour. Les commentateurs expliquent, qu'au-delà de toute réunification géographique, « Jérusalem est la ville qui rend les enfants d'Israël 'havérim », amis et unis par le même destin. Lorsque nous aurons trouvé, au sein de notre peuple, la voie et la voix de l'unité, nous aurons alors véritablement réunifié Jérusalem. Et personne alors n'osera évoquer la moindre internationalisation de notre capitale.