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14 Sivan 5772 - lundi 04 juin 2012
Après l'avoir fait retirer il y a 8 ans, le ministre Elie Yishaï demande maintenant à faire figurer à nouveau la mention "Juif" sur les cartes d'identité israéliennes. Cette mesure est-elle bonne ou nous entraîne-t-elle sur des terrains glissants tels la discrimination raciale et le débat lié à la question de savoir qui est Juif?
Jacques Kohn
Magistrat
J’appartiens à une génération qui a connu la mention « Juif » sur les cartes d’identité délivrées entre 1940 et 1945 par les autorités françaises, ainsi que par celles de tous les autres pays européens alors placés sous la botte nazie.
Ce projet de faire figurer la même mention sur les cartes d’identité israéliennes aurait été impensable il y a encore quelques années, tant était encore vivace dans les esprits, et notamment dans ceux de nos dirigeants politiques, ce douloureux souvenir.
J’ignore quel pourrait être l’intérêt pratique d’une telle mesure, et je ne m’aventurerai pas à détailler ici les difficultés sans fin que poserait son application, et notamment les risques de dresser les uns contre les autres les divers courants de la population juive israélienne.
Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’elle serait prématurée, car elle blesserait douloureusement la sensibilité de beaucoup de nos concitoyens.
Rony Akrich
Professeur d'études juives
Responsable enseignement francophone Mahon Tal, Midreshet Maamakim
L’enfant a droit, dès la naissance, à un nom et une nationalité. L’Etat devra protéger son identité et, si nécessaire, l’aider à la recouvrer. Le droit à un nom revêt donc un caractère important car il symbolise la reconnaissance de l’être en tant qu’individu et en tant que nation. La possession d’un nom conditionne la perception qu’un peuple développe de lui-même et à partir de ce nom, des relations qu’il aura avec les autres. Le droit à un nom conditionne le droit de connaître la vérité sur ses origines. Abraham ramène de l’exil son identité hébraïque mais cette identité est un peu à l’indice araméen, à l’indice de l’exil; de la même manière le juif est l’hébreu de l’exil au temps de la civilisation romaine. D’une certaine façon, pour retrouver notre identité hébraïque profonde, il faut finir par se débarrasser de ce qu’était le statut socio-politique du Juif de l’exil. Manitou zatsal ne dit pas l’identité juive, parce que l’identité juive profonde c’est l’identité hébraïque traduite dans une autre langue, puisque les Juifs de l’exil sont des Hébreux qui parlent une autre langue.
Nom "propre " : Hébreu – עברי Nationalité : Hébraïque – עברי
Rav Shlomo Aviner
Rosh Yeshiva Ateret Cohanim
Rav de Bet-El
Il est effectivement important de savoir qui est Juif, il ne s'agit pas là d'une question de racisme. Israël est l'Etat juif, c'est ainsi que l'avait défini Théodore Herzl et qu'il est appelé dans toutes les langues. Cependant, cela ne veut pas dire que les personnes qui y habitent sont automatiquement juives.
N'est Juif que celui qui est né Juif ou qui a été converti au judaïsme selon les lois de la Torah. En ce sens, il ne faut pas faire la distinction entre ces deux façons d'être Juif. Les convertis doivent être considérés sur un pied d'égalité, s'ils ont été convertis d'après la loi juive, suivant un processus reconnu par le Grand Rabbinat d'Israël. C'est cette institution qui est appelée à fixer la loi en la matière.
Je pense donc que cette mention sur nos cartes d'identité est une bonne idée puisque vivant dans l'Etat juif, il est important de savoir qui est Juif et qui ne l'est pas.
Rav David Benezra
Rav et professeur de physique au Ma'hon Lev
Ce changement d'avis n'est pas le résultat d'un caprice. Il prouve l'existence de signes avant-coureurs d'un conflit qui oppose des citoyens qui posent problème quant à leur judaïté d'une part et la société orthodoxe d'autre part. Cette dernière tente de barrer la route à ces citoyens en faisant apparaître la mention ''Juif'' sur la carte d'identité.
Comme souvent, nous cherchons à guérir les effets d'un problème, sans en chercher les causes. Si nous ne traitons pas le fondement du problème, nous ne pourrons pas le résoudre.
Tout le monde sait que le problème aigu dans l'immédiat et le plus grave dans l'avenir est celui de la conversion de près de 300 000 personnes non-juives qui vivent en Israël. Si on ne trouve pas une solution à ce phénomène, il ne servira à rien de voter cette nouvelle loi.
Par ailleurs, si nous parvenons à résoudre le schisme qui se profile à l'horizon, ce changement de loi me semble inutile.
Il faut noter que ''Juif'' nous renvoie à nos origines galoutiques. Nous étions soit Hébreux, soit Bné Israël, soit Judéens en tant que nation. Nous devons rayer le mot ''Juif'' de nos appellations car ''Juif'' renvoie à une appartenance religieuse alors que ''Israël'' renvoie à notre identité.