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14 Sivan 5772 - lundi 04 juin 2012

Les milieux dits orthodoxes désirent instaurer une séparation entre hommes et femmes dans les bus qu'ils empruntent et dans le domaine public des quartiers dans lesquels ils vivent.
Ne serait-ce pas logique de leur accorder cette mesure compte-tenu du mode de vie qu'ils observent ?
Rav Haïm Amsellem
Fondateur du mouvement Am Shalem
Il y a plusieurs façons d'expliquer le renforcement de l'extrémisme dans la société orthodoxe. L'une des plus fondamentales repose sur la volonté de fortifier les murailles face aux agissements du monde laïc. Lorsque le public orthodoxe regarde ce qui se passe dehors et voit la libération des mœurs dans les rues, il est choqué et ressent le besoin de dresser des barrières encore plus hautes, pour se protéger.
Une partie de la population orthodoxe préférera se radicaliser et ajouter encore davantage de 'houmrot, pour ne pas être exposée au monde extérieur. Cette façon de réagir est aussi dangereuse que de fermer les yeux face à un train qui se rapproche : que l'on garde les yeux ouverts ou fermés, le train finira par nous heurter.
Le public orthodoxe ne peut pas se protéger à 100% contre la société qui l'entoure. Il n'existe pas de territoire sans danger. Tout orthodoxe, jeune ou moins jeune, est amené à se confronter un jour ou l'autre à des phénomènes étrangers au monde spirituel dans lequel il évolue. Et ce jour-là, les conséquences seront d'autant plus graves que l'on aura trop voulu se protéger.
C'est seulement en disant les choses de façon claire et déterminée que l'on amènera le changement : un mouvement de la population orthodoxe qui dirait « cela suffit » ! et qui montrerait que l'on peut vivre autrement. Nous pouvons supporter les différences et vivre normalement, ensemble, en peuple uni.
Jacques Kohn
Magistrat honoraire
L’idée de séparer, à la demande des milieux dits « ultra-orthodoxes », les hommes et les femmes dans les transports publics et dans les quartiers habités principalement par ces milieux pourrait être la bienvenue si elle ne se heurtait à une objection, à mon avis décisive :
La société israélienne est caractérisée par un mur de défiance entre la population religieuse et celle qui ne l’est pas. Aussi est-il du devoir de chacun, qu’il soit religieux ou non, de tout faire pour réduire la hauteur de ce mur, et donc pour éviter que se développe cette défiance jusqu’à devenir une véritable haine.
Evitons donc tout ce qui peut être tenu, de l’autre côté de ce mur regrettable, pour gênant ou provocateur.
Docteur Gilles Morali
Gastroentérologue, écrivain
Il faut séparer deux choses : le principe halakhique qui doit régir les comportements entre hommes et femmes, et les désirs de telle ou telle frange de la population. En ce qui concerne les principes, les choses sont claires : la relation intime entre un homme et une femme ne peut se faire que dans le cadre de la sainteté et pour la sainteté, et ce pour établir une famille qui grandira dans la sainteté. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille interdire ou limiter les échanges entre hommes et femmes, quand ils se font dans l'espace social ! Nous ne sommes pas des animaux et nous pouvons nous contrôler quand nous avons des échanges avec des personnes de l'autre sexe. Ainsi, je n'arriverai jamais à comprendre pourquoi, dans des fêtes telles les Bar-mitsva ou les mariages, de plus en plus de familles instaurent la séparation complète entre hommes et femmes. Quand on examine l'historique de cette coutume, on s'aperçoit qu'il s'agit d'une invention récente. Il est grand temps d'abandonner toutes ces "Houmrot" pour revenir à un judaïsme plus authentique, plus convivial, sans pour autant faire d'entorse à l'esprit de la Halakha.
Rabbin Jacquot Grunewald
Ecrivain
Je vous trouve bien laxiste. Il faut des bus séparés ! Des noirs pour les hommes, des rouges pour les femmes avec des vitres opaques. Ou pas de vitres du tout, c'est encore mieux. Tout cela devrait aller de soi. Si ce n'est pas le cas (votre question le montre, hélas) c'est parce que l'éducation est mal faite. Il faut commencer dès la naissance. Maintenant que l'on connaît le sexe des bébés, il convient de réserver une salle d'accouchement pour jeunes mâles et une autre pour les filles. Et si possible, dans des hôpitaux différents, car on n'est jamais trop regardant (… alors qu'on ne doit pas). Dans les mariages aussi la situation est intolérable. Je suggère une cloison de séparation sous le dais nuptial au cas où l'on ne disposerait pas de deux dais à installer en des lieux différents.
Georges-Elia Sarfati

Fondateur de l'université populaire de Jérusalem
Cette revendication montre que les choses sont en train de changer, dans le sens où les normes de l'observance ne se limitent plus au strict domaine de la vie familiale. Cela nous indique que la halakha entend de nouveau investir l'espace public. Mais c'est mal poser le problème, et plus mal le résoudre encore que de suggérer qu'une juridiction spéciale soit accordée à une partie de la population. Cela aboutirait à un séparatisme incompatible avec le fait que les lois doivent être les mêmes pour tous. Le reproche de « ghettoïsation » en serait renforcé. En revanche, au lieu d'envisager des transports pour « religieux » et d'autres pour « non religieux », il serait bien plus clairvoyant d'imaginer que dans les mêmes transports, l'espace soit aménagé de telle sorte que la mixité comme la non-mixité soient simultanément possibles et acceptées de tous. Ce serait le véritable signe d'une vraie coexistence entre sensibilités que l'on se plaît toujours à tenir pour incompatibles, et cette acceptation mutuelle attesterait d'une véritable maturité civique de part et d'autre.
Emmanuel Navon

Professeur de relations internationales
C’est aux compagnies d’autobus de décider. De même que chaque restaurant peut décider s’il veut être cacher ou non et quel type de « téouda » il souhaite, c’est aux compagnies d’autobus de décider si elles souhaitent accommoder le public orthodoxe sans incommoder les voyageurs qui ne le sont pas. Le public qui souhaite une séparation dans les bus est par ailleurs libre de faire opérer des bus privés (il le fait déjà pour les écoles de type « heder »). Je me demande simplement pourquoi la séparation se fait entre l’avant et l’arrière du bus et pas entre le côté droit et le côté gauche. Je regrette que certaines populations orthodoxes deviennent de plus en plus extrémistes et se séparent du « klal Israël ». À Beit Shemesh, par exemple, le public national-religieux quitte la ville à cause de sa « harédisation » intolérante. Si les Orthodoxes « kippa srouga » et « harédi » ne peuvent pas vivre ensemble, où va-t-on ? Que chacun vive sa vie et pratique le judaïsme comme il l’entend, mais gardons toujours à l’esprit le principe de « akhdout Israël » - l’unité du peuple juif.